Contexte - Before your fall...

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Contexte - Before your fall...

Message par Le Staff le Jeu 28 Juil - 14:49

Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac.
La grande pendule posée dans l’angle sud-est de la pièce égrenait nonchalamment les secondes, son incessante marche la rapprochant pas à pas de l’heure de la mi-nuit. Lisse et parfait, le disque d’étain oscillait au bout de son balancier, encore et toujours depuis le tout début jusqu’à la toute fin. Ce disque parfait, cette masse pendulaire, elle semblait l’épier tel un œil unique de derrière sa vitre, fourbe et flegmatique, continuant impassiblement de se balancer en rythme avec les battements de son cœur.
Dong ! Dong ! Dong ! Dong !
Alice était fasciné par le mécanisme de cette pendule. Elle qui détonait tant au milieu de sa chambre, corps inconnu venu d’une autre époque et ayant atterri dans ce monde.
Dong ! Dong ! Dong ! Dong !
Il imaginait sans mal les engrenages effectuer leur roulis habituel dans les entrailles du bois et du métal, roue motrice et roue de centre, les va-et-vient perpétuels de la longue tige au bout de laquelle pendait la lentille d’étain, stoppés par les deux dents d’une petite fourchette, tantôt à gauche, tantôt à droite. Tantôt à l’ouest, tantôt à l’est. Tantôt au couchant, tantôt au levant.
Dong ! Dong ! Dong ! Dong !
Et ainsi la pantoufle de vair tomba au bas des escaliers, abandonnée par l’enfant de Perrault. Demain sans doute, le prince viendra la marier.
Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac.
Et constamment cette litanie hypnotique, ce rythme imperturbable, chant de l’horloge et de ses trois aiguilles, noires, sages et ponctuelles, comme depuis la nuit des temps.
La plus frêle galopait sur le cadran sans s’arrêter ni se fatiguer, faisant la course avec les secondes, alors que la plus grande parcourait un centimètre de plus chaque minute, lâchant presque une sorte de faible bâillement de résignation dès que sa petite sœur venait se loger entre le un et le deux au sommet du large disque blanc.
Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac.
La dernière, elle, se déplaçait si lentement qu’il en devenait impossible de la voir bouger. Et pourtant, quelle surprise quand on la voyait, une heure plus tard, gentiment posée sur le neuf ou le dix, alors qu’on aurait juré qu’elle n’avait exécuté aucun mouvement.
Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac.
Ainsi rassuré, Alice ferma les yeux. Il pouvait maintenant s’endormir sans craindre que le matin n’arrive jamais, et que le monde soit plongé dans d’éternelles ténèbres de brun ou de bleu nuit.
Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac.
Les nuits ne sont jamais silencieuses ici-bas. Le soir, les bruits portent loin, et les cliquetis des horloges semblent décuplées, centuplées, résonnant de concert avec les gouttes de pluie qui s’écrasent parfois contre les vitres, aveugles à toute autre chose qu’à leur monotone activité qu’ils se doivent de perpétrer pour l’éternité.
Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac.
-Un lapin. Deux lapins. Trois lapins. Quatre lapins. Cinq lapins…
Et ainsi se poursuivit la veille d’Alice, jusqu’au deux-cents-trente-quatrième lapin. Ceux qui ne furent pas prononcés étaient désormais condamnés à rester tapis dans la chambre jusqu’à la nuit prochaine, attendant d’être reconnus, suivant à leur tour la course des trois aiguilles en le sein de leur mère horloge et le doux bercement de la pendule, tanguant, basculant, hésitant entre deux mondes voisins, arrêté dans son élan par cette seule petite fourchette, modérant son exaltation aventurière, pour toujours, et à jamais. Comme pour rappeler que le sablier des temps s’écoule partout, grain par grain, et que lorsque la partie supérieure est vide, il faut se hâter de le retourner, au risque de prendre du retard. Et nous savons l’un comme l’autre qu’il peut être dangereux d’être en retard pour le thé…




[…]




-Explique-moi, je ne comprends rien !
Alice se tenait désespérément les hanches, souffrant d'un douloureux point de côté. La silhouette blanche qui galopait devant lui devenait de plus en plus floue à mesure que la fatigue prenait le dessus.
-J'ai pourtant été très claire !, s'emporta son interlocutrice sans se retourner ni s'arrêter de courir, maintenant que tu es ici, il n'y a pas de retour en arrière possible. Alice doit vivre au Pays des Merveilles.
Elle lui jeta un rapide coup d’œil, une lueur de malice dans le regard :
-Ça tombe bien parce que tu es Alice !  
-Mais toi, souffla le jeune homme, à bout de souffle, qui es-tu au juste ?
-Ma parole, tu veux vraiment arriver en retard toi !
L'albinos stoppa net, au grand bonheur d'Alice qui n'en pouvait plus de cette folle course à travers les entrailles de la terre. Épuisé, il s'adossa contre une paroi de boue noire séchée, agrippant une racine protubérante de sa main tremblotante.
-Tu sais quelle heure il est ?!
Le jeune homme regarda sans comprendre la montre à gousset que lui brandissait l'hybride, étrangement dénuée d'aiguilles.
-Eh bien, non...
-Il est grilheure !, s'exclama-t-elle, furibonde, il est toujours grilheure ! J'ai dû venir te chercher, et à cause de toi j'ai perdu un quart d'heure de mon temps ! Et si tu continue d'avancer à cette vitesse en proférant de ridicules paroles, et en me posant des questions auxquelles tu peux répondre par toi-même, eh bien...
Elle se tut, et eut soudain l'air troublée.
-Dépêche-toi !, se récria la fillette en se frappant le front du plat de la main, tu es en retard !
Elle s'agrippa à la manche de son gilet, l'entraînant à nouveau malgré lui dans sa folle course contre la montre. Les deux oreilles de lapin blanches sur le haut de son crâne s'agitaient de concert avec le bruit de ses pas, et les rubans de sa courte robe garnie de cœurs froufroutaient à chaque fois qu'elle prenait un tournant de la galerie.
-Je ne comprends rien..., gémit Alice, au supplice.
-Pour faire court, tu vas venir sauver les Merveilleux du joug des Familles Royales en tuant leurs meneurs les uns après les autres. Tous aspirent à s'emparer de la Couronne dans des buts bien différents, qui ne conviennent néanmoins pas aux rebelles.
Elle reprit son souffle, puis poursuivit :
-Et les rebelles, c'est nous ! Enfin, pas seulement toi et moi, mais toute une communauté qui veut voir le système actuel aboli afin qu'il n'y ait personne à la tête du pays.
-Mais enfin..., s'étonna Alice entre deux respirations laborieuses, c'est impossible ! Un pays... un pays sans gouvernement... c'est l'anarchie !
La jeune fille éclata de rire devant l'incompréhension de son hôte :
-Tu vas vite comprendre à tes dépens que le mot « anarchie » ne fait pas peur aux Merveilleux ! Tu seras bien souvent confronté à de sacrés phénomènes, crois-moi. Les Cartes au service des Familles Royales qui ont depuis toujours essayé de nous brider ont toujours lamentablement échoué, impuissantes face à notre besoin de liberté. Nous ne sommes pas comme vous au Pays des Merveilles. Nous arrivons très bien à nous imposer nous-mêmes nos propres lois sans l'aide d'un roi, ce que tout le monde n'a pas encore compris. De plus, le prix d'une tête pour celui d'une tarte est une punition un peu sévère, tu ne trouves pas ?
Alice ne répondit rien, incapable de saisir les propos de son interlocutrice. Au bout d'un moment, il lui demanda :
-Tu es le Lapin Blanc, n'est-ce pas ?
-T'es long à la détente, dis-moi !, s'exclaffa-t-elle, mais peu importe, appelle-moi comme tu veux. Tout ce que tu as à comprendre de nous, c'est que tous ceux qui ne sont pas de ton avis sont tes ennemis. Et tu sais ce qu'on fait de nos ennemis ?
-Je ne sais pas... on les ignore, probablement..., tenta-t-il.
-On les tue, Alice. Ici, c'est à qui tirera sa balle le premier qui survit. Alors essaye de choisir correctement tes alliés.
Elle lui lança une œillade candide, détonnant avec le ton grave qu'elle avait emprunté. Alice la fixa sans comprendre, légèrement effrayé.
-Comment ça, tuer nos ennemis ?
-Il n'y a pas à dire, soupira le Lapin Blanc en continuant de courir vers une porte en bois qui venait de se dessiner dans le lointain, je suis vraiment tombée sur un bouché. Le but du jeu est de survivre, luxe que tes opposants ne t'offriront pas. Survivre dans le Pays des Merveilles. Dans notre adorable Pays des Merveilles.
Pour la première fois depuis qu'il avait rencontré le Lapin Blanc, Alice entendit sa montre à gousset cliqueter dans sa poche, et il devina que le compte à rebours avait commencé. Le sablier venait de se retourner, et personne ne savait quand le dernier grain tomberait au fond du gouffre...

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